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discographie

Amor y guerra |



Amor y guerra

musique espagnole de la Renaissance

chants du 16e siècle tirés du manuscrit Cancionero de palacio

(Programme musical, traduction des textes et notes de programme plus bas)


Ensemble ALKEMIA

Dorothéa Ventura* chant, flûtes à bec et percussions

Marie-Paule Martel-Reny ** chant, flûte à bec et percussions

Jean-François Daignault *** chant, flûtes à bec, chalumeau et vielle-à-roue

Pierre-Alexandre Saint-Yves chant, flûtes à bec, chalumeaux, rauschpfeife, vielle à roue et percussions



Programme musical :


01 — 2:56 — Mi libertad en sosiego — Juan del Encina 1468 –1529

02 — 4:21 — Enemigale soy, madre — Juan de Espinosa  ? –1528 / anonyme

03 — 4:03 — Al alba venid * — anonyme

04 — 3:08 — L’amor dona ch’io te porto — Giacomo Fogliano 1468–1548

05 — 1:49 — In te domine speravi — Jusquin d’Ascanio (Josquin des Prés) v.1450/55–1521

06 — 2:12 — Señora de hermosura — Juan del Encina

07 — 5:26 — Albuquerque, Albuquerque *** — anonyme

08 — 2:14 — ¡Ay Santa Maria ! — anonyme

09 — 3:21 — Pues que tu, Reina del cielo — anonyme; poème de Juan del Encina / 

                    Qu’es de ti, desconsolado — Juan del Encina

10 — 1:10 — Sol sol gi gi A B C — Alonso

11 — 2:17 — ¡ Levanta Pascual ! — Juan del Encina

12 — 2:55 — Pase el agoa — anonyme /

                       Rodrigo Martines — Juan del Encina

13 — 2:03 — ¡ Ay triste que vengo ! ** — Juan del Encina

14 — 1:53 — La mi sola, Laureola — Juan Ponce v.1476 – après 1520

15 — 2:12 — A los baños del amor * — anonyme

16 — 3:47 — Triste España — Juan del Encina

17 — 6:13 — Una sañosa porfia — Juan del Encina



Traduction des textes :


01 — Mi libertad en sosiego — Juan del Encina 1468 –1529

Ma liberté sans trouble,

Mon coeur insouciant;

Ses murs et défenses

Ont été assiégés par l’amour.


L’Amour s’est entendu avec la Raison,

La Sagesse et le Bon Sens

Que je commandais.

Comme ils m’ont vilainement dupé!


Et la Foi, geôlière,

A donné les clés à l’Amour

Qui m’a eu par les yeux;

Alors, mes défenses ont cédé de plein gré.



02 — Enemigale soy, madre — Juan de Espinosa  ? –1528 / anonyme

Je suis l’ennemie de ce cavalier, mère;

Je suis vraiment son ennemie.


Il me contemple et m’adore

Tel les croyants vénérant leur Dieu,


Il me considère sa femme,

Pour moi c’est un ennemi.


Deux milliers de fois je le maudis,

Lui qui ne le mérite pas.



03 — Al alba venid * — anonyme

À l’aube, venez, mon doux ami.

À l’aube, venez.


Ami que je désirais le plus,

Venez à l’aube du jour.


Ami que j’aimais le plus,

Venez à l’aube du jour.


Venez à la lumière du jour,

N’amenez aucune compagnie.


Venez à la lueur de l’aube,

N’amenez aucune grande compagnie.



04 — L’amor dona ch’io te porto — Giacomo Fogliano 1468–1548

L’amour, ma dame, que j’éprouve pour vous,

Je voudrais volontiers le révéler;

Le désir de dire mon mal d’amour

Me coupe le souffle.


Je ne sais comment vous révéler le feu ardent

Qui me consume jusqu’à l’os.

Je ne sais ni quand, ni où je suis;

Le feu en moi fait rage sans répit.


Je n’ose pas vous envoyer de billet doux,

De peur que l’on se moque de moi.

Car quand je m’approche de vous,

Vous vous détournez de moi.

Quand je demeure loin de vous des jours durant,

Mon mal d’amour n’en fait qu’empirer.



05 — In te domine speravi — Jusquin d’Ascanio (Josquin des Prés) v.1450/55–1521

En toi, mon Dieu, j’espérais

Trouver une pitié éternelle.

Mais je me retrouvai

Dans un enfer sombre et lugubre

Toute espérance s’est brisée et envolée.

Le ciel m’abandonne, en larmes.

De mon triste et si fol espoir

Ne reste que pleurs et soupirs.

Je fus blessé et du fond de la détresse

Je t’invoquais.

En toi, mon Dieu, j’espérais.



06 — Señora de hermosura — Juan del Encina

O dame de toute beauté,

Pour qui je souhaite me perdre,

Que dois-je faire pour venir à bout

De ce mal incessant ?


Votre vue m’a affligé

Une douleur que vous ne pouvez imaginer,

Et si vous ne prenez pas soin de moi,

Je mourrai dans l’affliction.


Et si votre beauté

S’efforce toujours à me perdre,

Je ne pense pas venir à bout

De ce mal incessant.


Car si votre beauté

Veut m’anéantir tout à fait,

Dans ma tristesse je ne pourrai me prévaloir

De ce mal incessant.



07 — Albuquerque, Albuquerque *** — anonyme

Albuquerque, Albuquerque,

Tu méritais d’être honorée;

En toi demeurent les trois Infants

Fils du Roi Fernando.


Exilés de mes royaumes,

Exilés pour un an;

Albuquerque, tu étais très forte,

Avec lui, je les avais élevés.


O, Don Alvaro de Luna,

Comme tu m’as vilainement dupée !

On me disait qu’Albuquerque

Était située dans une plaine,

J’y imagine des cavernes profondes,

Des tours qui l’encerclent;

À l’intérieur beaucoup d’artillerie,

Des gens à pied et à cheval,


Et à cette tour émoussée

Ils ont hissé trois bannières,

Une pour Don Enrique,

Une autre pour Don Juan, son frère,


Et l’autre était pour Don Pedro

Infant déshérité.

Qu’ils hissent plutôt la bannière royale;

On leur pardonnerait de la prendre.



08 — ¡Ay Santa Maria ! — anonyme

Ah, Sainte Marie, aidez-moi,

Ma dame, mon espérance!


Vous êtes celle que j’aime,

Vous êtes celle que je désire,

Vous êtes celle que j’appelle,

Vous êtes celle que j’espère,


Vous êtes l’étoile dont la lumière nous guide !



09 — Pues que tu, Reina del cielo — anonyme; poème de Juan del Encina / 

                    Qu’es de ti, desconsolado — Juan del Encina

Puisque toi, Reine du ciel, tu nous aides tant,

Donne secours à tous nos malheurs.


Toi qui règnes avec le Roi

De ce Royaume céleste,

Toi, foyer de notre loi,

Lumière de notre lignée humaine;


Pour renier le mal, toi qui nous aides tant,

Donne secours à tous nos malheurs.


/


Qu’en est-il de toi, homme affligé ?

Qu’en est-il de toi, Roi de Grenade ?

Qu’en est-il de ta lande et de tes Maures ?

Où est ta demeure ?


Tourne, tourne-toi, bon Roi

Vers notre loi consacrée;

Car si tu as perdu ton royaume,

Ton âme sera protégée.



10 — Sol sol gi gi A B C — Alonso

Sol sol gi gi A B C

Tout amouraché, je viens de là sol fa mi ré ré ut ré.


Je m’en allais voir ma mère que j’aimais tant.

J’allais chantant ce que je te dirai:


Sol sol gi gi A B C...



11 — ¡ Levanta Pascual ! — Juan del Encina

Lève-toi, Pascal, lève-toi!

Nous allons vite à Grenade,

Qu’on dit avoir été prise.


Lève-toi vite! Prends

Ton chien et ton sac,

Ton habit, ton manteau,

Ta pipe et ta houlette.


Allons voir ce qui se passe

Dans cette fameuse ville

Qu’on dit avoir été prise.



12 — Pase el agoa — anonyme /

                       Rodrigo Martines — Juan del Encina

Traversez l’eau,

Julieta, ma dame,

Traversez l’eau,

Venez à moi!

Je m’en allai dans un jardin

Pour y cueillir trois rosettes,

Julioleta, ma dame.

Traversez l’eau,

Venez à moi !


/


Rodrigo Martines

À toutes ses oies, hé !

Les prenant pour des vaches

Il les sifflait, hé !


Rodrigo Martines

Si fort !


Tes petites oies,

La rivière les emporte, hé !

Les prenant pour des vaches

Il les sifflait, hé !


Rodrigo Martines

Si beau !


Tes petites oies,

Le gué les emporte, hé !

Les prenant pour des vaches

Il les sifflait, hé !


Rodrigo Martines

Si fort !



13 — ¡ Ay triste que vengo ! ** — Juan del Encina

Hélas, tu me vois triste,

Submergé par l’amour,

Pourtant simple berger.

J’aurais été plus aisé,


Si je n’étais pas allé au marché

D’où je suis retourné

Tant frappé par l’amour,

Maintenant me voilà, misérable,


Submergé par l’amour,

Pourtant simple berger.

Je lui ai fait de l’oeil

Et elle m’a fait de l’oeil,


Je ne la connaissais pas,

Mais je suis tombé sous son charme.

Ne me laissera jamais vous oublier

Je suis amoureux.

Si je ne la poursuis pas


Je ne resterai pas en vie,

Puisque la cause de mon problème

Est ma grande timidité,

Me voilà si triste

Submergé par l’amour,

Pourtant simple berger.



14 — La mi sola, Laureola — Juan Ponce v.1476 – après 1520

À moi seule (La mi sola / la mi sol la),

Ma seule Laureola.


Moi, le captif Leriano,

Bien que je sois orgueilleux,

Je suis blessé par cette main

Qui est unique au monde.




15 — A los baños del amor * — anonyme

Aux bains de l’amour j’irai seule

      (sola m’iré / sol la mi ré),

Et je m’y baignerai.


Car ils soignent de ce mal

Qui cause mon malheur,

cette souffrance mortelle

Qui détruit mon être.


Aux bains de la tristesse j’irai seule,

Et je m’y baignerai.



16 — Triste España — Juan del Encina

Triste Espagne sans joie,

Tous doivent te pleurer;

Le bonheur t’a quitté

Pour ne plus jamais revenir à toi.


Tourments, peines et douleurs

Viennent t’habiter.

Il semble plaire à Dieu

De te charger de ce fardeau.


Tu perds toutes tes espérances,

Il ne te reste plus d’espoir;

Tu perds un Prince si noble,

Fils de Rois sans égal.



17 — Una sañosa porfia — Juan del Encina

Une guerre furieuse

Et sans espoir avance de peine et de misère.

Je n’ai jamais connu la joie,

Et maintenant mon sort en est joué.


Le destin décide

De m’enlever mon règne heureux,

Car le brave Lion d’Espagne

S’en vient, menaçant.


Au ciel ils lancent l’appel :

‘Vive le Roi Ferdinand!

Vive la très grande Lionne,

La haute Reine prospère!’



Notes de programme :


Amor y guerra présente des musiques du fameux manuscrit espagnol Cancionero de Palacio (Chansonnier du Palais), aussi connu sous le nom de Cancionero de Barbieri, d’après le musicologue qui l’édita et le publia pour la première fois en 1890. Il constitue un répertoire d'œuvres de la Renaissance dont les compositeurs sont pour la plupart Espagnols, mais aussi Portuguais, Italiens, comme Giacomo Fogliano, et même Franco-Flamands, tel un certain Jusquin d’Ascanio, mieux connu sous le de Josquin des Prés. Les oeuvres qui y figurent furent compilées durant une période d’une quinzaine d’années, environ entre 1505 et 1520, époque qui coïncide approximativement avec le règne d'Isabelle I de Castille et Ferdinand II d’Aragon dans l'Espagne des Rois Catholiques.


Par le biais de ces musiques collectionnées et réinventées à l'époque dans le but explicite de créer un véritable répertoire national, ALKEMIA explore deux thèmes chers aux poètes-musiciens de ce temps : l’amour et la guerre. La guerre en amour, l’amour de la guerre, l’amour de son pays, l’amour de son credo...


Un autre lien important émerge de notre programme musical, un compositeur très présent dans le Cancionero : Juan del Encina. Ce fils de cordonnier, dont le véritable nom était Juan de Fermoselle, appartient à la première époque de ce que l’on appelle l’école polyphonique castillane, une des plus importantes d’Espagne, et représente le meilleur de la tradition polyphonique de ce pays. Considéré comme un des pères du théâtre espagnol, Juan del Encina entre en 1492 au service du second Duc d’Albe, Don Fadrique de Toledo, à la cour duquel il est chargé d’organiser des fêtes et d’écrire des comédies et de la musique. Ne pouvant obtenir un poste de cantor à Salamanque, il part pour Rome où il parvient à être nommé cantor par le pape Léon X. De nombreux voyages entre Rome et l’Espagne ponctuent son travail entre 1510 et 1519. Il reçoit les ordres vers 1518 et l'année suivante part en pèlerinage à Jérusalem où il chante sa première messe. Finalement, il se fixe à León où il est nommé prieur de la cathédrale. Juan del Encina meurt vers 1529 à Salamanque.











 

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